la pensée
I l y a l’armée, avec ses murailles qui protègent ses intérêts, il y a les hommes d’affaires enfermés dans des tours de cristal et d’acier, il y a la ménagère qui vaque aux soins de sa maison, et il y a le gardien de musée et le chef d’orchestre qui vivent chacun à l’intérieur d’un fragment de vie. Chaque fragment devient extraordinairement important, et n’a aucun lien avec les autres fragments, les contredits mêmes à son propre honneur, sa dignité et ses prophètes. Le fragment religieux n’a pas de lien avec celui de l’usine et celui-ci n’en a pas avec le fragment de l’artiste. Le général est séparé des soldats, le laïc du prêtre. La société est brisée en morceaux que l’homme de bonne volonté et le réformateur essaient de recoller. Mais à travers ces débris isolés et spécialistes, l’être humain poursuit ses occupations avec l’angoisse, l’appréhension et le sentiment de culpabilité qui sont nos véritables liens communs en dehors de nos spécialisations. C’est en cette commune avidité, en cette haine, en cette agressivité que sont reliés les êtres humains et cette violence bâtit la culture et la société où nous vivons. Ce sont les esprits et les coeurs qui divisent, il y a Dieu et la haine, l’amour et la violence et en cette dualité toute la culture humaine se développe et se résout. L’unité des hommes ne réside dans aucune des structures que l’esprit humain a inventées. Coopérer n’est pas dans la nature de l’intellect. Il ne peut y avoir aucune unité entre l’amour et la haine et pourtant c’est ce que la pensée humaine essaie de trouver et d’établir. L’unité est totalement en dehors de cette sphère et la pensée ne peut pas l’atteindre. La pensée a construit cette culture d’agression, de compétition et de guerre. Et pourtant c’est cette pensée même qui tâtonne pour trouver l’ordre et la paix mais quoi qu’elle puisse faire, elle est ne trouvera jamais ni paix ni ordre. La pensée doit se taire pour que l’amour soit.
Extrait de la "Révolution du silence" de J. Krishnamurti