Bilan à 1 an à l'Ecole Française de Yoga - 2ème partie
J’ai découvert le yoga par ma mère qui était professeur de yoga pendant plus de vingt-cinq ans, j’ai donc naturellement commencé à l’âge de seize ans la pratique du yoga avec elle. Après quelques années d’interruption, j’ai repris le yoga avec comme objectif d’en faire une discipline quotidienne qui touche non seulement le physique mais aussi le mental. Avec l'âge on cherche
autre chose que d’aller bêtement faire un jogging le dimanche matin ou faire quinze minutes de musculation à soulever de la fonte. Malgré que ce ne soit pas l’objectif de tous les élèves dans cette promotion, j’aimerais bien enseigner le yoga, transmettre cette discipline de transformation de soi et amener des hommes et des femmes vers une conscience plus importante de ce qu’est leur corps. J’aimerai faire évoluer cette belle discipline pour l’ouvrir d’avantage aux hommes qui n’osent pas rentrer dans une salle de yoga à cause de sa forte féminisation.
Un jour, un professeur a dit que le yoga est silence et que si nous voulions être un yogi nous devrions rester silencieux. Selon KG Dürckeim : « Le silence n’est pas absence de bruit c’est quel chose au delà du bruit est au delà du bruit : c’est le tout autre ».
Je dirais que la première posture qui devrait être faite au début d’un cours est le silence. Ensuite la séance peut commencer soit en se mettant debout, soit en restant allongé. Dans la position allongée, Savasana permet de véritablement entrer en contact avec son corps avec une prise de conscience des appuis au sol pour ensuite doucement amener l’harmonisation consciente de la respiration.
Pendant une posture, pendant un mouvement le silence m’entoure. Je suis nu seul avec mon corps, il n'y a rien à faire. Il faut vivre sa posture dans le silence de son corps. Il faut être à l'écoute de son corps, il est pure vibration. Il ne faut jamais aller au delà de ses limites, il faut s’arrêter là où votre corps vous le dit, sans plus. Les postures dépendent d’une loi, celle de la non-douleur c'est-à-dire comme nous a dit un jour Isabelle Morin Larbey, un travail en économie et en confort. Le travail fourni doit être fait avec rigueur, fermeté, douceur et fluidité (Stira-Suka). Il est souhaitable de ne pas se conditionner afin d’accepter le changement. Si je prends l’habitude de faire toujours la même chose, je risque de me trouver déstabilisé et cela peut me faire souffrir. Il est tout aussi souhaitable de changer afin d’être de nouveau attentif à ce que l’on fait.
Le travail accompli à l’école a été intense, riche en évènements et rendue difficile par le choix de la formation "jour" . Une journée complète de 5 heures de cours pratique et de 2 heures de cours théorique est dense et nécessite une attention particulière. J’avais oublié ce que c’était que de se retrouver dans une salle de classe et écouter le professeur pendant plus de 7h30 ! Mais les sujets abordés sont tellement passionnants qu’on ressort de la rue Aubriot avec en tête des moments intenses sur la connaissance du corps, sur l’approche de l’enseignement dans la lignée de yoga.
L’école de yoga m’a permis de connaître quatre lignées de yoga. Que dire des différentes lignées proposées ? Je dirais que comme pour les religions elles ont le même but. Celui de connaître LA vérité du monde et allez vers une libération du SOI. Mais comme pour toutes les religions les chemins pour y parvenir sont parfois sinueux et différents.
L’école nous enseigne le hatha yoga selon quatre lignées. C’est un privilège que de pouvoir se former sur plusieurs lignées car dans d’autres écoles de yoga c’est une seule méthode qui est enseignée. Nous sommes ici au cœur du yoga traditionnel tel qu’il a été transmis de maîtres à disciples pendant des millénaires.
Le yoga selon la méthode Nil Haoutoff est issu d’une méthode de gymnastique évolutive. C’est une méthode à mon point de vue très fatigante car on passe souvent d’une position assise à une position debout pour poursuivre dans une position allongée au sol. Avec les quelques cours que nous avons eus avec Patrick ou Laura, il semblerait qu’il n’y a pas de logique. Cela n’est pas le cas pour la lignée du yoga Madras tel qu’il a été transmis par TKV Desikachar. Dans cette lignée il y a une progression, un vinyassa qui permet de passer de la position debout à celle assise puis allongée pour terminer par une assise ou une période de méditation.
Même si le yoga de Nil Haoutoff est assez physique celui de Madras l’est tout autant car les séances sont difficiles physiquement, les poses sont toujours en dynamique puis en statique ; on en ressort parfois un peu fatigué mais tellement bien dans son corps, cette fatigue s’efface pour ne laisser que l’apaisement et la joie.
Le Yoga selon KG Durckeim est un yoga plus axé sur la médiation, c’est du moins mon ressenti sur cette lignée. KG Durckeim a travaillé avec des maîtres Zens au Japon, il a fait de la méditation un art s’intégrant parfaitement à la pratique du yoga. J’ai eu le plaisir de découvrir des karana, des séries en mouvement comme la petite salutation au soleil. C’est un yoga très en harmonie avec l’homme dans son environnement, les gestes sont beaux et précis et toujours réalisés d’une manière cérémoniale. Le déroulement d’un cours de yoga n’est pas rigide. On nous a souvent parlé de créativité, avec les connaissances acquises, le professeur crée son cours en fonction du moment de la journée, du moment de l’année, de la température, du lieu, de la différence d’avancement des élèves, d’un mantra, d’une image, d’un objet……. On peut introduire ainsi d'autres choses que des postures ou des exercices de respiration. Avec Anne Marie, nous avons fait en plus d’un cours de yoga une marche méditative ainsi qu’une cérémonie du thé japonais.
J’ai aimé dans le yoga selon la lignée Madras, l’idée d’avoir dès le début d’un cours une intention, un Bhavana. C’est un objectif qu’on se donne sans forcement obtenir un résultat ; on va vers un état d’être.
Andrée Maman nous a dit que l’intention peut être de se calmer en fin de séance ou au contraire de se tonifier. Cela peut être aussi une posture principale qui va se situer au trois quart de la séance et dont on va analyser les caractéristiques afin de permettre de savoir quels sont les muscles à tonifier et à étirer. On cherche le moyen d’arriver le mieux possible à ce but et on y va progressivement. La progressivité dans le yoga de Madras c’est le vinyasa avec une alternative de phase dynamique et de phase statique. La phase dynamique va préparer le corps par des étirements, c’est quand on répète les mouvements que les structures musculaires se préparent. On chauffe le corps pour préparer la pose statique. Cette façon de pratiquer impose un nombre de répétition du mouvement dynamique et un nombre de respiration en statique. C’est une discipline qui oblige à une très grande concentration.
A suivre ....